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Scènes Sulpiciennes : ANGELUS
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SUJET: Scènes Sulpiciennes : ANGELUS

Scènes Sulpiciennes : ANGELUS il y a 8 ans, 8 mois #107

  • rinaldi
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Voici l'ANGELUS, 2ème motet des Scènes Sulpiciennes pour choeur à cappella (sons MIDI) :

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Nom du fichier: Angelus.mp3
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Nom du fichier: yves-rinaldi-angelus.pdf.pdf
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Oeuvres en écoute directe sur www.rinaldi-musica.fr

Re: Scènes Sulpiciennes : ANGELUS il y a 8 ans, 7 mois #302

  • Emilie
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Angelus de Yves Rinaldi Scènes sulpiciennes

Composer une « scène musicale » d’après un récit, implique un choix d’écriture, une certaine mise en scène aussi incluant les protagonistes, un décor, une atmosphère particulière. La découverte et la lecture attentive de cette pièce brève (elle ne dure que 7 minutes 26 ) est pour cela intéressante et devra nous dire si elle s’apparente plus à un motet qu’à un mini-oratorio.

Comprenant 130 mesures , la pièce vocale « l’Angélus » se chante a capella . Elle est destinée à un chœur mixte et pourtant ! - Elle se développe pendant les 67 premières mesures comme un chant à deux voix égales. Voilà un choix original ! Les pupitres ténors et basses beaucoup plus discrets mais ponctuellement efficaces, n’entrent respectivement qu’ aux mesures 68 et 77. A cet instant le chœur se déploie même jusqu’à six voix , - car sopranos et altos se dédoublent et la polyphonie se voit enrichie pour célébrer d’autant mieux le mystère de l’ Annonciation. [ entendre les Amen successifs et jubilatoires, simultanément énoncés avec la salutation angélique des mesures 77 à 93. ]

L’Angelus peut se diviser en 3 sections:
1 ) Mes 1 à 50 : « Angelus Domini nuntiavit Mariæ, »
les quatre versets / répons (v/ r) alternent soit avec l’ Ave Maria complet ou le rappel des premiers mots de la salutation angélique. Tout ici est céleste et aérien, chant et tessiture, les lignes souples de la mélodie, le choix des petits intervalles, souvent altérés.
(notons que dans cette section , chacun des versus engendre aussi une sous-partie )
Cette première section forme le cœur et le nerf de cette prière car tout y est concentré versus et répons/ propos du récitant et dialogue de L’Archange et de la Vierge Marie.On purrait s'arrêter là mais non...le texte officiel poursuit :

2 ) Mes 50 à 93 : « Oremus: Gratiam tuam quæsumus, Domine » (repère audio : à 4’ 00)
voilà par contraste, la supplication de l’ assemblée , celle de l’ Eglise, de l’humanité , elle illustre la vie terreste, et aussi la Croix du Christ, le monde des pécheurs, par l'emploi d' une harmonie et d'une polyphonie plus chargées, par l’ajout des voix de ténors, puis des basses, des crescendo ; l’ apothéose vient aux mesures 77 et suivantes sur les « Amen » ( repère audio : à 4 ‘ oo ) très beau passage noté « f » écrit en valeurs longues , plus imposantes.

3 ) mes 94 à la fin mes.130 « Angelus Domini nuntiavit Mariæ »
Reprise simultanée de la première annonce du récitant de la Saltutation angélique, d’abord dans un allégement du chœur (retour aux deux voix égales) puis juste avant la coda, de la mesure. 124 à la fin le chœur entier conclut le chant de ce mystère dans un élan affirmé et joyeux. la tonalité de Fa majeur contraste heureusement avec celles de Mib et ut m, et autres modulations , notons aussi la présence de nombreuses quintes et quartes altérées.


Quelques remarques sur les procédés musicaux :
Les contrastes :
-Les premières mesures en contrepoint utilise des lignes souples et contrastent avec les suivantes où l’harmonie à quatre voix, étoffent le discours. Les valeurs longues s’opposent aux brèves, (croches/ blanches)
La superposition et la simultanéité de la diction des deux textes , l' Ave Maria et les paroles de l’orant –récitant , l'assimilation des styles direct et indirect. l'alternance des pupitres entre le Verset et la réponse, les duos mélodiques antécédent -conséquent , l'alternance des pupitres.
-Figuralismes
Les désinences , les antécédent et conséquents dans dans l’exposition des versets.
- Une belle image musicale aux mes. 44 à 46 : le vocable « Dei » entourant « Genetrix » , ce qui donne une mise en miroir : Dei –Genitrix –Dei ( de Dieu - la mère –de Dieu ) alors même que deux intervalles " quinte diminuée" et "quarte augmentée" illustrent le mot Dei…

La solennité donnée à certains vocables concernant pour les personnes divines ou saintes
comme : « Genetrix » mes 45 « Jesus » mes. 17 « Mater » : mes 21
est ici traduite chaque fois dans un mélisme .

Les valeurs longues viennent donner aussi de la solennité à certains mots mes 66 : « Spirituo Sancto » et « Gratia . »

L’ Ave Maria chanté dans son intégralité 1 seul fois dans la première partie, puis tout au long du morceau dans la première partie puis seuls les premiers mots de la salutation seront repris 9 fois / dans une voix superposée aux autres discours .

Tonalités, intervalles, chromatismes

La tonalité générale tourne autour de Mib et de ut mineur, avec l’utilisation de quinte altérée,
des passages modulants, le plus notoire étant celui de la coda en Fa majeur.
On note une abondante utilisation de quartes et de quintes, jusque dans les derniers accords.
L’utilisation de petits intervalles, (le plus grand intervalle utilisé semble être la septième, mineure en l’occurrence dans réb do, mes. 62)
Des lignes souples, ondulantes, un peu comme dans le chant grégorien mais sans l’imiter.
Il faut remarquer aussi un passage à l’orientale aux mes.37 à 39 (audio 1’ 52) utilisant la seconde augmentée et les demi ton : Et habitavit in nobis.
Et il a habité parmis nous ( en terre d’Orient ) – joli passage que j’ai aussi bien apprécié.



--- Repères entre Texte et Partition / détails de la première partie :


Mesures 1 à 8 (soprano)
V/. Angelus Domini nuntiavit Mariæ, (le récitant )
R/. Et concepit de Spiritu Sancto.
L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie
Et Elle conçut du Saint-Esprit


Ave Maria, gratia plena, Dominus tecum ( L’Ange, L’Assemblée)

Mesure 27 à l’alto
V/. « Ecce Ancilla Domini. »( la Vierge Marie)
Mesures 28 – 31 au soprano
R/. « Fiat mihi secundum Verbum tuum. »
voici la Servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole
Ave Maria, gratia plena,
Mesures 33- 34 au soprano V/. Et Verbum caro factum est. (l’Assemblée)
Mesures 37-39 à l’alto R/. Et habitavit in nobis.
Et le verbe s’est fait chair et il a habité par nous
Ave Maria, gratia plena, Dominus tecum.
Mesure 43- 46 à lalto : V/. Ora pro nobis, Sancta Dei Genetrix. ( L’assemblée)
Mesures 45-50 au soprano R/. Ut digni efficiamur promissionibus Christi.


Conclusion
:

Le mot « Angelus » renvoie au souvenir ( visuel) des tableaux de maîtres, ainsi les scènes bibliques célèbres peintes par les maîtres de la Renaissance, comme Fra Angelico. Si le seul « Ave Maria » , a été de nombreuses fois mis en musique , il existe peu de mise en musique proprement dite de l’Angelus , hormis peut-être des évocations lointaines ou des poèmes mystiques tel le « Miroir de Jésus » du compositeur français André Caplet, reprenant les mystères du rosaire et donc celui de l’Annonciation.

Ici cet Angelus musical et purement voal s’inscrit dans une toute autre démarche, sans distribuer des rôles précis à à tel ou tel personnage, mais en s’inspirant précisément du texte latin officiel. Cette pièce homogène, sobre et élégante réussit à créer une atmosphère intime, empreinte de mystère et d’une profonde allégresse. En cela Angélus des Scènes sulpiciennes serait plus un tableau musical, à contempler dans son ensemble, qu’un simple motet ou un véritable oratorio. La délicatesse du ton et le souci de varier le discours musical dans le détail y contribuent fortement. Parfois au détour de certaines cadences, on s’attend à ce que des instruments prennent le relais de la voix, ( un hautbois, une flûte, une harpe… ) pour mener plus loin cette méditation au delà des mots.

Emilie


ps : un détail sur la partition à l'alto, mes. 49 il faut lire promissionibus avec un r

Re: Scènes Sulpiciennes : ANGELUS il y a 8 ans, 7 mois #303

  • Emilie
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Suite au commentaire que je viens de faire, j'ajoute que pour ce qui est de la maquette sonore proprement j'avoue que l'Angelus m'a plus intéressée en le jouant au piano et en le chantant partiellement qu'à la seule écoute du mp3 ... Je n'entendais pas les paroles...Donc vivement l'enregistrement en pleine voix !

la partition sinon est très agréable à lire.
merci pour cette pièce qui m'a permis de me souvenir d'un beau répertoire !
Emilie
Dernière édition: il y a 8 ans, 7 mois par Emilie.

Re: Scènes Sulpiciennes : ANGELUS il y a 8 ans, 7 mois #329

  • rinaldi
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Merci beaucoup, chère Emilie, pour cette analyse savante qui m'a éclairé sur la façon dont ce motet était perçu par une spécialiste à laquelle rien n'échappe et à laquelle on ne peut rien cacher.
La démarche de départ reposait sur un principe de linéarité que j'associais à certaines litanies sacrées des chrétiens d'orient, d'où les sinuosités du phrasé, les mélismes appuyés sur certains termes "clés" du texte et certains accents "orientalisants" des motifs principaux. Les passages plus polyphoniques cherchent à rééquilibrer un peu les rôles impartis aux pupitres du choeur, afin de ne pas trop laisser ces messieurs en retrait mais j'avoue que c'est une des pièces pour lesquelles j'ai failli maintes fois renoncer et, sans doute, pas ma préférée du recueil.
Cependant, en le livrant à l'écoute en ligne, elle ne m'appartient plus et je suis reconnaissant à Emilie de lui avoir redonné une place plus présente par cette étude méticuleuse et toujours aussi didactique.
Amitiés,
Yves
Oeuvres en écoute directe sur www.rinaldi-musica.fr
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